Respire Francis, respire


Ceci est le troisième chapitre du récit de mon AVC. Pour commencer par le début de l’histoire, c’est ici.

Le ciel bleu d'Igny
Le ciel bleu d’Igny invite à la respiration en cohérence cardiaque.

Dieu que parler est épuisant!
Le médecin du SAMU reprend: « Levez la jambe droite ». J’y vais, je tente et ma jambe se lève en oscillant de gauche à droite avec une amplitude de 30 à 40 cm.
– « Levez la jambe gauche ».
C’est un peu mieux, mais comme ma jambe droite est folle, mon bassin pivote et la jambe gauche s’effondre.
Le docteur me fait renouveler le test avec les bras. Le résultat est à peu prés similaire.

Mon oeil, de l’essence et une allumette

Je me mets brusquement à hurler: « J’ai mal, mon oeil, ah mon oeil gauche est en feu! ». J’ai l’impression qu’on a trempé mon oeil dans de l’essence avant d’y mettre le feu.

Un pompier m’immobilise la tête tandis qu’une infirmière me braque un faisceau lumineux dans les yeux. Il n’y a rien mon oeil et normal.
L’infirmière me pose sans tarder une voie dans le bras gauche, tandis que deux pompiers immobilisent mon corps à la limite de convulser.

Le docteur m’interroge: « Ca a commencé quand? », « Vous faisiez quoi à ce moment là? » […] Visiblement il ne perçoit pas ma difficulté à produire des sons et, paradoxalement, je dois lui dire que je n’arrive pas à parler.
« Paharler est dihificile et fait mahal, s’il vous plaît, ne posez que des questions utiles ».
Il se tourne vers Sonia : « Oui, c’est un A.V.C. ».

Je souffre, mon oeil est imbibé d’essence et en flammes. Je crie à nouveau « Aïe mon oeil, mon oeil », je pleure de douleur. Le médecin contrôle à nouveau avec sa lampe, il n’y a rien.
Il demande à l’infirmière de m’injecter un anti-douleur.
Il prend son téléphone et demande au régulateur « Tu me trouves une place en urgence sur Orsay ou Sainte-Anne. »

J’ai les yeux ouverts, la tête toujours sur le 220V et l’oeil en feu. Je ne dis plus rien.
Tiens, je manque d’air. Vérifie voir. Oui en fait, je ne respire plus. Il faut que je leur dise.
« Je n’arrive plus à respirer, j’ai perdu le réflexe. »
L’effort m’a semblé surhumain et je ferme aussitôt les yeux. La douleur reste toujours aussi intense. Je veux me ressaisir, je veux respirer!

moi et moi émoi

Un dialogue intérieur débute entre moi et… moi.
-« Et, je suis désolé, j’ai trop mal, je vais débrancher là, je fais un shut-down, on se réveillera plus tard, je peux plus ».
– « Toi, ta gueule! Si tu nous débranche on meurt tous les deux, alors je t’interdis de le faire. Ecoute, je sais que tu as mal, j’ai compris, mais là nous devons nous concentrer sur le fait de respirer. Laisse moi réfléchir deux secondes, ok? »
L’autre se tait.
« OK Francis, garde les yeux fermés. Le gars n’a plus le réflexe, ok. Mais il doit savoir controller sa respiration, il faut qu’il essaye consciemment. Bon, il y juste un problème, le gars c’est toi, et cela fait plusieurs secondes que c’est arrivé, alors reprends le contrôle, breathe Francis, breathe. »

J’inspire.
L’air entre dans mes poumons. « Garde le deux secondes, c’est bon expire ».
L’air ressort. Je recommence. Rien d’autre ne compte. La technique fonctionne. Je respire, en restant concentré, mais je respire.

J’ai bien fait de fermer les yeux à ce moment là, car, Sonia me l’apprendra plus tard, elle note qu’à cet instant, le médecin demande au pompier de préparer le défibrillateur, c’est bien que je n’en sache rien.

« Monsieur, on va vous mettre dans une coquille pour vous transporter ».
Faîtes donc comme vous voulez, moi pour l’instant une seule chose m’importe: je dois continuer de respirer.

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